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Pays d'Hérault - Campagnes d'Avenir. Coordination : Blaise Boudet et Jean-Claude
Besson
Nouvel Obs + - 28.10.2011 - Aurore Gorius
Après des mois de silence, le président de la République devait travailler à renouer le lien avec les Français. Nicolas Sarkozy peut-il devenir "normal" ? Jeudi soir, il souhaitait à l'évidence se montrer plus proche de ses compatriotes. Aucun triomphalisme donc, au lendemain d'un accord au Conseil européen sur la crise dans la zone euro : "Il faut rester humble" annonce-t-il d'emblée, reconnaissant même "je suis un être humain, j'ai fait des erreurs".
Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée le 27 octobre 2011 (TF1/AFP)
L'entretien d'une heure et quart se termine par cet impératif répété plusieurs fois : "rendre des comptes aux Français". Le visage grave, il s'est livré à un long exercice didactique et (trop) technique.
Dramatiser d'abord, rassurer en suite
Le mot "catastrophe" est prononcé dès le début et à plusieurs reprises. Mais c'est pour mieux montrer que le pire a été évité. Si la France ne connaît pas le sort de la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal, brandis comme des contre-exemples, c'est grâce au travail de Nicolas Sarkozy, main dans la main avec la chancelière allemande, Angela Merkel. Le président s'inscrit, au passage, dans la lignée des grands couples franco-allemands (depuis de Gaulle/Adenauer à Mitterrand/Kohl). L'Histoire dira si le dernier en date a véritablement l'étoffe de ses illustres prédécesseurs.
Au contraire de ses précédentes interventions télévisées, le ton est particulièrement posé. Pas question de s'énerver : face aux difficultés économiques, le président veut afficher son sang-froid. L'effort didactique est un peu trop visible. Les grandes inspirations et soupirs en début de phrase donnent l'impression d'un exercice un peu forcé, parce qu'il faut bien expliquer.
Expliquer notamment que la crise, Nicolas Sarkozy l'a subie ("nous n'étions pas en fonction lorsque l'euro a été lancé", précise-t-il en incluant la chancelière allemande qui n'a rien demandé). La responsabilité de la crise de la dette est sans cesse rejetée. Sur les marchés qui "ont fait n'importe en 2008" (et avant ? et depuis ?), les banques "qui se sont laissées aller à faire de la spéculation", Martine Aubry et les 35h, François Mitterrand et la retraite à 60 ans.
La crise, mais pas la rigueur
Comme si, depuis quinze ans, la droite n'avait pas gouverné. Comme si, depuis l'Elysée, et avec une majorité à l'Assemblée, Nicolas Sarkozy n'avait pas tout le loisir, s'il le voulait vraiment, d'enterrer les RTT. Un discours maladroit : se placer en victime n'autorise pas l'empathie avec les vraies victimes de la crise qui, peut-être, ont pris le temps de l'écouter et de le regarder jeudi soir.
Si l'heure est grave sur le plan économique, le mot "rigueur" n'est, en revanche, jamais prononcé. Il a coûté cher, par le passé, à tous ceux qui l'ont utilisé à la veille d'élections. Par contre "la dette, c'est terminé", martèle-t-il, formule taillée sur mesure pour provoquer des reprises. Après avoir dramatisé et s'être défaussé, Nicolas Sarkozy se place en protecteur, notamment du "modèle social français" pourtant tellement décrié lors de sa campagne de 2007 et pendant son mandat.
Il ne faut s'y tromper, le discours de jeudi soir (peut-on vraiment parler d'interview à l'exception de quelques question d'Yves Calvi ?) était bien celui d'un candidat cherchant à solder son bilan et se placer en seul recours capable de gérer le pays "face à la crise" (l'intitulé de l'émission produite par Maximal production sans droit de regard des rédactions de TF1 et France 2 réduites à un simple rôle de diffuseur). La posture napoléonienne, Nicolas Sarkozy connaît. Pas sûr qu'il nous sauve. En tout cas, il n'a pas changé.
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