On a juste envie qu’ils se taisent. Mais non : ils ne s’arrêtent jamais. Peur de rien, toute honte bue. Mardi à l’Assemblée : Cécile Duflot, ministre de la République, est appelée à répondre à la question d’un député et son arrivée, en robe à fleurs, provoque sifflets, huées et autres remarques graveleuses sur les bancs de l’opposition, ou plus exactement des mâles de l’UMP.
Voir la video : Cécile Duflot huée par les députés UMPLe même jour, le député Bernard Debré, coutumier du fait, dézingue son ennemie préférée, Rachida Dati, candidate présumée à la tête de leur parti. L’argument est hautement politique : « Je ne suis pas sûr que Vuitton ou Dior ait sa (sic) place à ce niveau-là. » Depuis, les vidéos ont fait le tour du web, la presse s’y intéresse, les parlementaires surjouent la gêne. Enfin, pas tous. Il y a l’inénarrable Jacques Myard, autre coutumier du fait, qui ironise lourdement en parlant de « simples sifflets » en hommage « à la beauté de cette femme » (Cécile Duflot). Il y a, bien sûr, David Douillet : « Oh vous savez, nous en sport, on a l'habitude de voir des jolis corps. »
Il y a surtout Patrick Balkany qui concentre à lui seul tous les clichés du sexisme le plus crasse (il s’était déjà distingué avec Aurélie Filipetti). « Nous n'avons pas hué ni sifflé Cécile Duflot, nous avons admiré, a-t-il raconté au Figaro. Tout le monde était étonné de la voir en robe. Elle a manifestement changé de look, et si elle ne veut pas qu'on s'y intéresse, elle peut ne pas changer de look. D'ailleurs, peut-être avait-elle mis cette robe pour ne pas qu'on écoute ce qu'elle avait à dire. » Et puis : « Enfin, on peut regarder une femme avec intérêt sans que ce soit du machisme. » Ben voyons.
L’argument est éculé – « mais arrêtez donc, Mesdames (les hystériques) de prendre la séduction pour du machisme, ou alors où va-t-on ? » – mais il contamine parfois la presse de sa légèreté supposée. C’était mercredi, et on pouvait lire ici que « la robe de Cécile Duflot met les députés en émoi », là que la « robe a remué le Palais Bourbon », et encore là que c’était « la robe de la discorde ».
Un crêpage de chignons pour une affaire de chiffons, peut-être ? Ah non, ça, c’est la Une de L’Express : « Le poison de la jalousie », avec photos plein pot de Ségolène Royal et Valérie Trierweiler et, pour sous-titre, « Politiques : Valérie, Cécilia, Bernadette et les autres… » Des femmes, toujours.



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