Jean-François Copé a réuni lundi un bureau politique exceptionnel consacré aux législatives, « rien que les législatives, toutes les législatives ». L'objectif : rappeler qu'il n'y a « aucune place pour les querelles de personnes ». Du moins pas avant les élections des 10 et 17 juin. L'UMP est en état d'alerte. Le 6 mai, François Hollande est arrivé en tête dans 333 des 577 circonscriptions françaises (chiffres du ministère de l'intérieur). Environ un tiers des députés de la majorité sortante (dont 24 Nouveau Centre) sont en situation délicate.
L'unique préoccupation de la droite est donc, à court terme, d'éviter une vague rose en juin. En 1981, dans la foulée de
l'élection de François Mitterrand, le PS avait raflé 58 % des sièges à l'Assemblée nationale. En 1997, après la dissolution catastrophe de Chirac, les ministres avaient été battus en nombre.
Signe que l’inquiétude est importante dans les rangs de l’UMP, la défection surprise, lundi, d’Alain Juppé dans la
2e circonscription de Gironde. Le maire de Bordeaux avait dit publiquement, à plusieurs reprises, qu'il se présenterait aux législatives, « quel que soit le résultat de
l'élection présidentielle ». Le maire de Bordeaux avait perdu avec fracas, en 2007, cette circonscription détenue par la droite depuis 1946 (il avait dû démissionner du
gouvernement). Lundi, le score de François Hollande à Bordeaux (57 %) et dans sa circonscription (59 %), jamais atteint dans ce type d'élection pour le PS, l’a convaincu de se
retirer.
L’UMP n’est pas seulement menacée par la dynamique victorieuse de la gauche à la présidentielle. Elle redoute aussi le
poids du Front national : 18 % en 2012 contre moins de 0,5 % en 1981 (il fut absent de la présidentielle). Le FN pourrait déstabiliser les candidats UMP dans un grand nombre de
circonscriptions (lire notre décryptage). D’autant que Marine Le Pen, bien décidée à
« faire exploser l’UMP », a mis sur pied une « liste noire » de personnalités de l'UMP à faire battre. Dans la ligne de mire, des personnalités qui, selon Bruno Gollnisch, ont « dit
préférer » un « candidat socialo-communiste au Front national ». Sont notamment visés : Nathalie Kosciusko-Morizet, Chantal Jouanno (sénatrice qui n'est pas
candidate), Claude Guéant ou encore Jean-François Copé.
Le décryptage des résultats du second tour, circonscription par circonscription, démontre le risque de défaite pour les
législatives. Bien sûr, la présidentielle n’est pas les législatives. Les contextes locaux seront cruciaux, l’antisarkozysme pèsera beaucoup moins, et certains ténors pourront compter sur leur
notoriété ou leur implantation. Mais ces projections révèlent l’ampleur du recul de la droite par rapport à 2007. Dans un certain nombre de villes, la présence d’une personnalité de l’UMP n’a
pas empêché à la gauche d'arriver en tête. Si certains poids lourds de la majorité sauveront sans doute leur siège, les résultats seront bien plus serrés qu'il y a cinq ans. Tour d’horizon des
ténors menacés.
Jean-François Copé
C'est l'une des surprises de la présidentielle. A Meaux, ville où Jean-François Copé est député et maire, François
Hollande distance largement Nicolas Sarkozy (54 % contre 46 %). Ce dernier perd même 6,4 points par rapport à 2007. Dans la circonscription du patron de l’UMP, la droite reste tout de
même nettement en tête (52 %). En juin, le patron de l'UMP devra affronter Marie-Christine Arnautu, la vice-présidente du FN, et et Caroline Pinet, candidate EELV soutenue par le
PS, dans un département où les frontistes ont réalisé de fortes percées.
Xavier Bertrand
Xavier Bertrand avait été élu député dès le premier tour dans l’Aisne, en 2007. Cinq ans
après, le ministre du travail n’est pourtant pas à l’abri d'une mauvaise surprise. Hollande arrive nettement devant dans sa 2e circonscription (52,6 %) mais aussi, de façon plus
surprenante, dans sa ville de Saint-Quentin (54,8 %), où Sarkozy a perdu près de 7 points en cinq ans.
Laurent Wauquiez
Dans la Haute-Loire, le ministre de la recherche va devoir
batailler ferme. Bastion conservateur, le département a donné l’avantage à Hollande avec 51,4 %. Un résultat historique. Nicolas Sarkozy arrive de justesse en tête (0,4 point devant) dans
sa circonscription (la 1re). Au Puy-en-Velay, sa ville – et chef-lieu du département –, le candidat socialiste recueille 55,9 % tandis que Sarkozy perd plus de
cinq points par rapport à 2007.
Hollande en tête dans plusieurs villes de ministres
Patrick Devedjian et André Santini
Dans les Hauts-de-Seine,
département de Nicolas Sarkozy, celui-ci totalisait 55,6 % en 2007. Cinq ans plus tard, il franchit péniblement les 50 %, talonné par Hollande (1 point derrière). Les suites
logiques d'un bastion sarkozyste qui ne cesse de se fissurer, comme Mediapart l'a raconté au fil du quinquennat (lire ici, là ou encore là). Patrick Devedjian a du souci à se faire : dans la 13e circonscription, comme à Antony, où il
est élu, le PS récolte plus de 52 %. Le président du conseil général en est conscient et tente depuis plusieurs années de se démarquer du camp Sarkozy-Balkany (lire notre entretien).
Même chose pour l’ancien secrétaire d’Etat centriste, André Santini : dans sa ville d’Issy-les-Moulineaux comme sa circonscription, Hollande est très largement en tête (respectivement 51,7 % et 53,5 %). Danger aussi pour les sarkozystes Philippe Pemezec et Manuel Aeschlimann, celui-ci devant également affronter la candidature dissidente de Rama Yade.
Guillaume Peltier et Hervé Novelli
En Indre-et-Loire, Sarkozy s’incline au second
tour face à Hollande qui réalise 4 points de plus que Royal en 2007. Deux figures locales de l’UMP pourraient ne pas être élues (ou réélues) en juin. Dans la 4e, l’ancien
secrétaire d’Etat et secrétaire général adjoint, Hervé Novelli, est menacé par les 52 % de François Hollande. Dans la 1re, Guillaume Peltier, porte-parole adjoint de Sarkozy
pendant la campagne, devrait être battu par le sortant socialiste, Jean-Patrick Gille. Dans cette circonscription, non seulement Sarkozy a été écrasé le 6 mai (43,4 % contre
56,6 %), mais la droite est divisée. Le profil droitier de Peltier, ancien du FN et ex-bras droit de Philippe de Villiers, ne colle pas avec la sociologie locale, plus modérée (lire notre enquête).
Michèle Alliot-Marie
“MAM” est menacée dans la 6e circonscription des
Pyrénées-Atlantiques, où François Hollande a réuni 51,6 % des suffrages ce dimanche. Mais l’ancienne ministre de la défense pourra compter sur sa notoriété et son enracinement. Elue
depuis 1986, elle a été réélue en 2007 avec plus de 58 %.
Nadine Morano
Rien n’est acquis non plus pour Nadine Morano dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle,
historiquement compliquée pour la droite (elle a oscillé entre PS et UDF jusqu’en 2002). Le 6 mai, Sarkozy est arrivé en tête (52,8 %), mais à Toul, ville de la ministre, il a perdu près
de 6 points par rapport à 2007. La ministre misera sur sa popularité et son implantation.
François Baroin, Benoist Apparu, Luc Chatel, Bruno Le Maire
Cas de figure similaire pour ces quatre
jeunes ministres respectivement candidats dans l’Aube (3e), la Marne (4e), la Haute-Marne (1re) et l’Eure (1re). Si Nicolas Sarkozy arrive en tête
dans leurs circonscriptions, Hollande est largement devant dans leurs villes de Châlons-en-Champagne (où Apparu est adjoint au maire), Chaumont (où Chatel est maire), où les résultats
s’inversent par rapport à 2007. Il est aussi devant à Evreux, chef-lieu de l’Eure. A Troyes, ville de Baroin, Sarkozy devance Hollande de moins de 200 voix. Il sera difficile au ministre de
l’économie d’être réélu, comme en 2007, dès le premier tour.
NKM et Georges Tron
Dans l’Essonne, où Hollande dépasse son score
national de 1,7 point, deux anciens ministres sont en situation délicate. Dans la 4e circonscription, celle de Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole de la campagne de Sarkozy,
le PS recueille certes 49 %, mais il arrive en tête (51 %) dans sa ville de Longjumeau. L’ancienne ministre de l’environnement devra miser sur sa notoriété et sur son avance de 2007
(elle avait été élue à 56 %). L’ancien ministre villepiniste Georges Tron voit lui aussi la gauche arriver en tête dans sa 9e circonscription et à Draveil
(53,2 %).
Valérie Rosso-Debord et Sébastien Huyghe
Pour les deux députés riposteurs de l’UMP, la situation est compliquée. Dans la 3e de Meurthe-et-Moselle,
Valérie Rosso-Debord devra ramer à contre-courant puisque Hollande a totalisé 58,9 % des voix. Dans la 5e du Nord, Sébastien Huyghe, tombeur de Martine Aubry en 2002, devra
composer, sur cette terre de gauche, avec un PS arrivé légèrement devant (50,3 % contre 49,7 %).
La moitié des députés Nouveau Centre menacés
Benjamin Lancar, Bruno Beschizza, Salima Saa
La
mission est quasi impossible pour ces figures montantes de l’UMP, qui disputent leurs premières élections législatives dans des terres de gauche, où Hollande a recueilli entre 58 et
67 % : Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires à Paris (IIIe et Xe arrondissement), Bruno Beschizza en Seine-Saint-Denis et Salima
Saa à Roubaix (Nord).
Les figures UMP de l’Assemblée
François Hollande est également arrivé en tête
dans les circonscriptions du président de la commission des lois, Jean-Luc Warsmann (Ardennes), de celui de la commission des affaires étrangères, Axel
Poniatowski (Val-d'Oise), et des deux des vice-présidents de l'Assemblée nationale, Louis Giscard d'Estaing (Puy-de-Dôme) et Marc Le Fur (Côtes d'Armor). Chez ces deux
derniers, Hollande monte même à plus de 55 %.
Eric Raoult
Sarkozyste historique, le député Eric Raoult voit la gauche arriver nettement devant dans sa 12e
circonscription de Seine-Saint-Denis (52,4 %). Au Raincy, où il est maire, en revanche, Sarkozy reste largement en tête (62,2 %).
Edouard Courtial
Dans la 7e de l'Oise, le sarkozyste Edouard Courtial, secrétaire d'Etat aux français de l'étranger, est en
position défavorable : François Hollande a rassemblé 51,5% au premier tour.
Renaud Muselier
A Marseille, le candidat socialiste arrive en tête (lire le décryptage détaillé de Marsactu). Même dans la 5e
circonscription de Muselier, malgré le redécoupage opportun d'Alain Marleix, spécialiste électoral de Sarkozy, Hollande termine devant avec 50,2%. La symbolique est forte. En cas de
triangulaire avec le FN comme de duel avec le PS, la situation sera difficile pour l'homme fort de l'UMP à Marseille.
Yves Jégo
Député et maire de Montereau, vice-président du parti radical, Yves Jégo a critiqué
la « lepénisation » de l’UMP en mai 2011, s’est présenté aux
sénatoriales en septembre contre le parti présidentiel, avant d'apporter à nouveau son soutien à Sarkozy en octobre. Difficile donc de se détacher du bilan du président sortant. Dans sa
3e circonscription de Seine-et-Marne, Nicolas Sarkozy arrive de justesse en tête (0,6 %), mais Hollande cartonne dans sa ville de Montereau, avec plus de
63 %. « Montereau a toujours voté à gauche ! » se défend Jégo sur Twitter. Mais en 2007, le PS était près de 11 points en dessous.
Au Nouveau Centre
Outre André Santini, près de la moitié des députés sortants du Nouveau Centre sont en situation difficile,
selon Le Monde. Notamment Jean-Christophe Lagarde, l'un des porte-parole adjoints de Sarkozy pendant la campagne: dans sa circonscription de Drancy (Seine-Saint-Denis),
Hollande atteint 66,4%.
Les vides laissés par François Fillon et Thierry Mariani
Le premier ministre se parachute à Paris, dans la 2e circonscription, à cheval sur le très bourgeois
VIIe arrondissement de Rachida Dati. Il délaisse donc sa 4e circonscription de la Sarthe, où Stéphane Le Foll, proche de Hollande, pourrait profiter des 52,6 % du
PS à la présidentielle. D’autant que le candidat UMP, Marc Joulaud, ne bénéficie pas de la même notoriété.
Dans la 4e du Vaucluse, celle de Thierry Mariani, Nicolas Sarkozy cartonne logiquement à 60 %. Mais
la mauvaise surprise pourrait venir du FN, arrivé en tête au premier tour, y compris à Valréas, la ville du chef de file de la Droite populaire (30,6 % contre 25,1). Une alliance entre
le FN et Jacques Bompard, le président de la Ligue du Sud, pourrait fortement menacer ce siège de l’UMP. D'autant que le départ de Mariani, député depuis 1993, mais désormais candidat des
Français de l'étranger, crée un vide. Il laisse sa place à Bénédicte Martin, conseillère régionale Paca. Alain Marleix s'est lui-même dit inquiet.


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