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Mercredi 23 mai 3 23 /05 /Mai 15:03

Par DESIRS D'AVENIR HERAULT

Hollande, comme une rupture tranquille...

| Par Lénaïg Bredoux

A Camp David.

François Hollande sort de son entretien avec le président turc Abdullah Gül. Il est, comme souvent, un peu en retard quand il entre dimanche dans la petite salle de l’immense centre McCormick de Chicago où l’attend la presse française. Les journalistes étrangers ont été refoulés : le chef de l’Etat veut parler à son pays. Il est question de bouclier antimissile, du retrait d’Afghanistan ou de l’Iran, jusqu’à ce qu’un journaliste demande à François Hollande, fan de football, de réagir au titre de champion de France de Montpellier. Pour une fois, il refuse de répondre. « Pas de commentaire. »


« Il ne répond pas aux questions sur le championnat de France. C’est le signe d’un changement total », savoure au pied de l’estrade le nouveau ministre de la défense, son ami de plus de trente ans, Jean-Yves Le Drian.


 

Depuis une semaine, François Hollande n’est plus en campagne, mais président de la République. Et il tente d’imprimer sa marque, en se différenciant, par petites touches et sans le crier haut, de Nicolas Sarkozy. Sa tournée américaine de quatre jours – vendredi et samedi à Washington et Camp David pour le G8, dimanche et lundi à Chicago pour le sommet de l’Otan – lui en offrait l’occasion, après l’activisme à tout crin de son prédécesseur sur la scène internationale.


C’est d’abord une rupture de style pour le « président normal ». Hollande ne crispe pas Merkel en lui imposant des accolades appuyées ; il ne respecte pas le dress code du G8 où il faut avoir l’air détendu, entre camarades, en venant avec une cravate (qu’il enlèvera finalement plus tard) ; il veut montrer qu’il refuse une familiarité feinte et veut “faire président”. Vendredi, dans le bureau ovale, il blague – un peu – avec Barack Obama, pour que l’image soit belle. Mais, dit un conseiller, « François Hollande n’est pas à tu et à toi… Etre à tu et à toi, c’est refaire du Sarkozy ». « Il a un contact direct mais sans familiarité », se félicite le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, longtemps sévère sur le nouveau chef de l’Etat.


« Depuis que je suis investi, je fais en sorte d’assumer la dignité de la fonction. Nous sommes ici la France et donc je dois me mettre au rang souhaité par mes compatriotes. En même temps je dois le faire avec simplicité et efficacité », expliquait-il vendredi à l’ambassade de France à Washington.


« Dans les relations internationales, la dimension personnelle est essentielle. Vous pouvez être convaincant ou arrogant. Lui, il n’est pas arrogant, il est net », dit encore le conseiller politique du président, Aquilino Morelle. Devant la presse, juste après un briefing avec Laurent Fabius sur le sommet de l’Otan, la plume de la campagne met en place les éléments du récit officiel : « C’est lié à la nature de François Hollande. Il est éminemment français, avec un lien au terroir, et, dans sa façon de travailler, il est d’un pragmatisme très proche des Américains. » Mais pressé de questions, il ajoute aussitôt : « On peut se prétendre américain et ne pas l’être. Et vice versa. »

« Tout mettre sur la table »

De Sarkozy, Hollande a toutefois conservé l’Airbus présidentiel, “Air Sarko One”, avec lequel il a traversé l’Atlantique. « Il se trouve que l’avion existe ; je ne vais pas le mettre au rebut. Je l’ai donc utilisé », s’est-il justifié à l’ambassade de France de Washington. Hollande est aussi, pour l’instant, un président qui parle beaucoup : en quatre jours, il a fait cinq conférences de presse, sans compter deux échanges “off” à Camp David. Et il pense qu’un chef de l’Etat doit montrer son pouvoir, y compris personnel, dans la pure tradition de la Ve République.


A plusieurs reprises, lors de son séjour américain, Hollande a eu cette phrase à propos de l’Iran : « J’ai voulu donner une chance à la négociation. » Il n’est pourtant président que depuis une semaine. A l’entendre, son élection a (presque) tout changé. La croissance ? C’est lui. « J’ai insisté sur l’enjeu de la croissance. J’en ai fait un thème des négociations qui vont s’ouvrir dans les conseils européens. Mais je veux aussi en faire un thème mondial », a-t-il dit. Le président Obama en a pourtant aussi fait un axe majeur de sa campagne depuis des mois. Le G8, club de riches pays coupé du reste du monde, comme le disait le socialiste en 2003 ? « Il y a une différence, c’est que j’y suis maintenant », rétorque-t-il aujourd’hui.


Convaincu qu’un quinquennat « se joue au début », Hollande veut montrer qu’il a “la stature” dont la droite lui reproche de manquer et que la politique peut agir sur le cours des choses. Le G8 et l’Otan étaient des occasions rêvées : les grands sommets internationaux sont préparés bien en amont par les conseillers, et leurs conclusions sont bien souvent des mises en scène médiatiques. De ce point de vue, Hollande a maîtrisé l’exercice et a semblé à l’aise sur des dossiers qu’il n’avait pourtant que très peu abordés dans sa campagne.


Les entretiens avec Barack Obama et Angela Merkel, en début de semaine dernière, se sont apparemment bien passés. Le président français a pris soin de multiplier les rencontres bilatérales (onze, au sommet de l'Otan) et d’insister sur la concertation qu’il souhaite en Europe. Hollande a ainsi rendu un hommage appuyé aux positions de l’Italien Mario Monti sur la croissance et les eurobonds. Une façon de mettre fin au directoire “Merkozy” qui s’était imposé au reste de l’Union sous le précédent quinquennat. « C’est la méthode que veut insuffler François Hollande », dit un de ses conseillers. 


Sa « méthode », c’est aussi de « tout mettre sur la table » – une expression utilisée à multiples reprises depuis son investiture mardi 15 mai, à Berlin comme à Chicago. « Sa méthode est loyale, franche, pragmatique. On met tout sur la table, on se dit tout », explique le conseiller Aquilino Morelle. Reprenant un de ses tics de langage de la campagne, Hollande promet qu’il ne veut « rien dissimuler », y compris des divergences. Son équipe jure que c’est cette « méthode » qui a permis d’obtenir de la chancelière allemande un calendrier de travail pour adjoindre au pacte budgétaire un pacte de croissance. « Sarkozy ne l’aurait jamais obtenu », jure un conseiller. « On ne veut pas fonctionner par à-coups, par surprises », pointe aussi un diplomate, qui y voit une rupture avec le précédent quinquennat.

Bouclier antimissile contre retrait d'Afghanistan

Sur le fond, la rupture est moins nette. Pour les diplomates, la France a des intérêts fondamentaux qui ne varient pas en fonction des élections et ce sont eux qui déterminent d’abord la politique étrangère d’un Etat (lire ici et ). A Washington puis Chicago, Hollande a voulu marquer son attachement à la relation franco-américaine : « Il fallait réaffirmer une relation forte, une volonté de partenariat que nous souhaitons avec les Etats-Unis », a-t-il expliqué.


Même chose sur l’Iran, la Syrie et même la place de l’Otan. « La France est un allié solide mais indépendant. Et entre la fidélité à nos alliés et l’indépendance, il n’y a pas de contradiction », a expliqué le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius.


La délégation française en a apporté la preuve sur le bouclier antimissile : alors que François Hollande avait exprimé des « réticences » durant sa campagne, il a jugé dès la première journée du sommet qu’elles avaient « été levées ». De fait, le communiqué final reconnaît l'importance de la défense européenne et stipule que le dispositif défendu par les Etats-Unis n’est pas un substitut à la dissuasion nucléaire à laquelle Hollande, comme ses prédécesseurs avant lui, est attaché.


« On ne fait pas d’obstacle » au principe de la défense antimissile, dixit Fabius. Il n’est pas non plus question de remettre en cause la décision prise par Sarkozy de réintégrer le commandement militaire intégré de l’Otan. L’évaluation promise par le candidat Hollande attendra « plusieurs semaines ou plusieurs mois » et n’a pas été abordée lors du sommet.


La France permet ainsi à Barack Obama, en campagne pour sa réélection, d’afficher un succès à un sommet clef, qui se tenait, de surcroît, dans la ville du président américain. En contrepartie, Hollande a pu afficher une victoire symbolique : le soutien au retrait de ses troupes de combat d’Afghanistan avant la fin 2012. C’était une promesse de campagne, elle est réaffirmée par le président élu. Et tant pis si elle ne concerne qu’environ 2 000 des 3 400 soldats présents sur le terrain, si le calendrier s’annonce particulièrement ardu (lire notre analyse) et s’il n’avance que de quelques mois la prévision de Sarkozy : Hollande marque là sa différence.

Il peut aussi se targuer de l’adoubement international de son discours sur la croissance : elle était au cœur du G8 et figure noir sur blanc dans la déclaration finale. « Ça, c’est une inflexion importante », se félicite un conseiller. D’autant que Hollande a également été soutenu par l’Italien Mario Monti, « très utile » dans la discussion à Camp David. « La chancelière est plutôt isolée », glisse un diplomate.


Certes, mais le G8 n’a proposé aucune mesure précise. La croissance doit encore avoir « un contenu », a admis Hollande. Et si le club des huit vieilles grandes puissances a aussi souhaité le maintien de la Grèce dans la zone euro, il n’a jamais remis en cause les mesures d’austérité exigées par le FMI, la BCE et la Commission européenne. « Nous sommes attachés au mémorandum », qui compile ces plans, lâche un membre de la délégation française. Sinon, dit-il, « on crée une crise politique et une crise de confiance sur les marchés ».


Mais là, encore, Hollande ne varie pas : durant sa campagne, il a toujours dit que les Grecs devaient « faire des efforts ». Il est attaché de longue date à la réduction des déficits publics. S’il a parfois critiqué les G8, avant d’être aux responsabilités, le PS qu’il a dirigé onze ans durant n’était pas très impliqué dans le mouvement altermondialiste. Jamais il n'a promis de « renverser la table », selon l'expression de Jean-Luc Mélenchon. Sur le fond comme sur la forme, François Hollande est finalement le président que le candidat avait annoncé.

 

photo : A Camp David. © Reuters.

Publié dans : François Hollande
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