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Lundi 5 janvier 2009

Par Daniel Simon

De "nouveaux pauvres" frappent aux portes des associations
Le Monde Economie, par Francine Aizicovici, 05.01.09



Mi-novembre, des associations d'aide aux plus démunis tiraient la sonnette d'alarme face à l'arrivée de nouvelles populations dans leurs centres : retraités, salariés, étudiants, petits patrons en faillite... Nombre d'entre eux iront sans doute rejoindre la cohorte des 7,9 millions de personnes pauvres en France (données 2006), celles dont le niveau de vie est inférieur à 880 euros par mois. Ce seuil de pauvreté monétaire correspond à la norme européenne qui l'établit à 60 % du niveau de vie médian.

Le taux de pauvreté (13,2 % en 2006) est en progression depuis 2004, alors qu'il n'avait cessé de baisser jusque-là. Premiers publics touchés : les familles monoparentales (près d'un tiers d'entre elles) ; les couples ayant trois enfants ou plus (20 %) ainsi que les personnes seules (16,7 %).
Par tranche d'âge, la pauvreté vise particulièrement les 18-24 ans, une population qui rencontre des difficultés d'insertion sur le marché du travail et n'est pas éligible au revenu minimum d'insertion (RMI). Un véritable retournement au regard des années 1970 : "Entre cette période et aujourd'hui, le taux de pauvreté des plus de 60 ans a été divisé par deux, tandis que celui des 20-30 ans a, lui, été multiplié par deux", souligne Julien Damon, professeur associé à Sciences Po et rapporteur général du Grenelle de l'insertion. Autre évolution : alors que pendant longtemps, la pauvreté était liée à l'inactivité (personnes âgées ou handicapées, mères de famille seules), elle s'est peu à peu rapprochée du salariat. Selon Jean-Luc Outin, chercheur au CNRS-Centre d'économie de l'université Paris-I et membre de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, la France compte 1,7 million de travailleurs pauvres (travailleurs appartenant à un ménage pauvre), soit 7 % des actifs. Un phénomène lié, dit-il, "en partie à la montée du temps partiel et de l'emploi instable".

Des chercheurs, à l'instar de Serge Paugam, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), mettent cependant en question cet indicateur basé sur un seuil de pauvreté. Pour lui, cette définition ne permet pas de définir "un statut social" des pauvres. Il lui préfère le nombre de bénéficiaires des 9 minima sociaux existants (RMI, allocation adulte handicapé, etc.). Ceux-ci concernaient 3,3 millions de personnes en 2006 qui percevaient entre 450 et 700 euros par mois (pour une personne seule) et ont vu leur pouvoir d'achat stagner depuis dix ans.

Jusqu'aux années 1980, la France a privilégié l'approche des aides ciblées pour lutter contre la pauvreté. Le minimum vieillesse apparaît en 1956 pour les retraités n'ayant pas acquis assez de droits ; l'allocation adulte handicapé en 1975 ; l'allocation de parent isolé (API) en 1976, face à la montée des divorces, etc. Puis, la forte hausse des demandeurs d'emploi conduit à une réforme de l'indemnisation du chômage (durée de versement des allocations raccourcie, etc.) et pousse en 1984 à la création de l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Cette année est aussi celle où apparaît "la première ligne budgétaire spécifique de lutte contre la pauvreté, observe M. Damon, pour prendre en charge ceux que l'on a nommés alors les "nouveaux pauvres"" : les victimes des plans de licenciements ou les jeunes qui ne parvenaient pas à s'intégrer sur le marché du travail.

Ce cheminement aboutira à la prise de conscience de la nécessité d'une politique plus globale contre la pauvreté, qui donnera naissance au RMI, le 1er décembre 1988, destiné aux personnes âgées d'au moins 25 ans. Et dix ans plus tard, à la loi relative à la lutte contre les exclusions. Même s'ils sont insuffisants, la France se donne peu à peu des moyens ; en revanche elle ne se fixe pas un objectif chiffré de recul de la pauvreté avant 2007, quand le président de la République, Nicolas Sarkozy, a déclaré vouloir la réduire d'un tiers en cinq ans.

En parallèle, le débat sur la "désincitation au travail" que provoqueraient les minima sociaux, thèse pourtant contredite par diverses études, n'a jamais cessé. Une des réponses à ces critiques sera la mesure d'"intéressement", qui permet de cumuler, pendant un temps, RMI, API ou ASS et revenus du travail, et préfigure le futur revenu de solidarité active (RSA). Le RSA permettra-t-il, lui, de réduire la pauvreté ? La question reste posée car d'une part, un certain nombre de bénéficiaires du RMI, que le RSA va remplacer, ne travailleront pas pour des raisons de santé ou d'âge, ou faute de trouver un emploi. D'autre part, "le RSA peut certes faire sortir de la pauvreté les quelque 3,5 millions de personnes pauvres qui sont tout juste en dessous du seuil si elles reprennent un emploi même très partiel, souligne M. Outin. Mais il risque, dans le même temps, d'encourager les entreprises à développer ce type d'emplois".


Publié dans : Solidarité Dépenses sociales Santé
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